Et si Hollande avait gagné cinq ans trop tôt ?

Voilà maintenant 18 mois que François Hollande a gagné l'élection présidentielle suivi on s'en souvient du triomphe du PS aux élections législatives (majorité absolue) depuis il ne se passe pas de semaines et de mois sans que le pouvoir soit contraint soit à des économies budgétaires soit à des augmentations d'impôts et/ou taxes, alors même que le projet politique pour lequel il a été élu commence à peine à être en place.

Chacun sait les deux clivages qui s'opposent en matière économique entre ceux qui préconisent l'austérité, en faisant pour cela et avant toute autre choses, des économies drastiques sur les services publics, les emplois de fonctionnaires, les droits sociaux, les allocations chômages les allocations diverses et variées tout cet ensemble étant accompagné par des augmentations d'impôts qui bien souvent ne sont pas équitablement répartis puisque la droite privilégie toujours les plus aisés (bouclier fiscal, rabotage de l'ISF, TVA réduite, etc...). Ce choix est celui de la droite européenne et mondiale appuyé en cela par les agences de notations comme S&P, choix qu'avait fait par parenthèse Nicolas Sarkozy et François Fillon.

Et puis il y a ceux pour qui on comble les déficits par l'impôt nouveau de façon à ne pas diminuer les prestations sociales dont bénéficient les plus modestes. Pour se faire les classes moyennes, les plus aisés, les plus riches, les entreprises sont mis à contribution, les avantages divers et variés, les niches fiscales sont rabotés, réduits voire supprimés. C'est le choix de la gauche et donc celui de François Hollande ce qui a pour effet de réduire les inégalités, via l'impôt, entre les plus aisés et les plus pauvres mais en réduisant aussi les dépenses de l'Etat (-18 milliards de prévu en 2014)




Aux déficits, ajoutons le fardeau de la dette qui a explosé lors de la mandature de Nicolas Sarkozy et qu'il faut bien réduire, autant que faire se peut. Là encore dans le monde deux attitudes différentes sont constatées. Les Etats Unis, le Royaume uni, le Japon ont une politique monétaire consistant à racheter de la dette à l'aide de leur banque centrale.

Aux Etats-Unis la FED rachète allègrement 85 milliards de dollars de dettes publiques chaque mois, la banque d'Angleterre et celle du Japon en font tout autant pour des sommes moins importantes sans pour autant générer de l'inflation comme les économistes le prévoyaient.

Dans la zone euro, rien de tout cela n'est possible, la BCE a interdiction de faire marcher la planche à billets et donc à chaque pays de se désendetter dans son coin ou avec l'aide des autres, la Grèce, l'Espagne, le Portugal, l'Irlande sont dans ce cas.

Nous sommes cette année dans notre 6 ème année consécutive de crise sans que l'on aperçoive réellement le bout du tunnel, chacun guette la croissance telle sœur Anne ne voyant rien venir, les européens sous l'emprise de Bruxelles et de l'Allemagne mènent des politiques austéritaires comme je viens de l'écrire et en plus dure encore dans le Sud du continent. 

Résultat ces pays sont en récession et le chômage bat des records partout et la misère se répand chaque jour davantage.

Comme le dit Louis Gallois "l'addition des politiques d'austérité conduit dans le mur" et la France y allait tout droit avec Sarkozy. 

Malheureusement, même avec François Hollande la course éperdue vers la réduction du déficit à 3% est une absolue bêtise car au final cette règle stupide du traité de Maastricht n'était déjà pas respectée lorsque la crise n'était pas là, alors qu'elle idée saugrenue de vouloir courir à tout prix "vers le nirvana" des 3% du traité de Maastricht ? La lutte contre les déficits a tué la croissance ..... et les déficits sont toujours là.

Observez plutôt ce graphique interactif (passez la souris dessus) sur le déficit public et vous verrez que seule l'Allemagne est en dessous des 3% depuis 2008. Pour ce qui nous concerne, la France est passée d'un déficit de 7,5% du PIB en 2009 à 4,8% en 2012. Il reste donc 1,8% à réduire encore, les plus durs. 

Pour mémoire, en 2012, sachez que le déficit américain a atteint 7% du PIB ..... no comment.




Et qu'est-ce que tout cela engendre ? Une économie atone, une consommation en berne, pas de croissance, un chômage élevé. Et ainsi, au bout de la boucle on trouve un mécontentement corporatiste, une insatisfaction des Français qui n'avaient plus l'habitude de voir leur impôt augmenter, la colère de certains, tout cela évidemment bien organisé et monté en épingle par ceux dans l'opposition ayant intérêt à une crise du pouvoir.

La course à marche forcée (en 4 ans) vers la réduction du déficit à 3% du PIB est la cause et la raison principale de ce mécontentement, n'en cherchez aucune autre. Il eut été si simple d'étaler dans le temps ce redressement et surtout il serait tellement moins douloureux que l'Etat cède ici ou là quelques participations dans les sociétés qu'il contrôle, pour faire rentrer quelques milliards dans les caisses.

Evidemment, les Français les plus touchés grincent des dents, même si ils ne savent pas toujours pourquoi avec précision car pour eux la réduction des déficits est très abstraite, et on le comprend. Tant que l'on ne touche pas à leur intérêt particulier tout va bien mais si l'on augmente tel ou tel impôt ou taxe dans l'intérêt collectif alors là ça ne va pas.

Sarkozy a supprimé 150.000 postes de fonctionnaires en 5 ans et les Français étaient contents, pensez donc, dans l'esprit populaire les fonctionnaires sont des privilégiés mais quand ces mêmes personnes restent 5 à 6 heures aux urgences d'un hôpital un dimanche, une nuit ou un jour férié pour eux même ou l'un de leur proche alors là ils crient au scandale sans évidemment se rappeler que quand l'Etat fait des économies cela peut parfois se voir et se vivre concrètement.

Pour conclure je dirai que je m'interroge, car fort de l'ensemble de ces éléments et compte tenu de la situation économique du pays, tout compte fait je me demande l'intérêt qu'il y avait à gagner l'élection présidentielle en 2012 alors même qu'il fallait faire tout "ce sale boulot" de combler les déficits et de réduire la dette accumulée par les précédents gouvernants tout ceci entraînant une impopularité record.

L'autre candidat quant à lui prévoyait du sang et des larmes mais les Français et la presse ne s'en souviennent plus :





La gauche contrainte de faire une politique de réduction des déficits et des dettes ce n'est pas facile tous les jours et peut-être qu'en 2017 la situation aurait été meilleure ..... à moins qu'il ne faille mener une autre politique comme dirait certains plus à gauche, axée davantage sur la demande plutôt que sur l'offre, ou bien alors attendre que l'orage passe en 2014 ? en 2015 ? en 2016 ? Allez savoir !




6 commentaires:

  1. Je dis qu'il faut stimuler la demande dès l'été 2012 et je ne suis aucunement dans les + à gauche.
    Stimuler l'offre: si tu n'as aucun client qui achète tes produits, tu as beau avoir les plus beaux trucs au monde, tu fais faillite. C'est aussi simple que cela. La demande créé l'offre et pas le contraire. Et ça, dans le consumérisme stupide, on a oublié cette règle.
    Sinon, le billet est très bon.

    RépondreSupprimer
  2. stimuler n'est sans doute pas suffisant ou alors il faut le faire fortement

    RépondreSupprimer
  3. Ne vois pas, à mon avis, le rapport droite gauche comme un truc entre l'offre et la demande. On en a déjà parlé !

    Petit 1 : ce qui ne va pas en France, c'est l'industrie.
    Petit 2 : tu augmentes le pouvoir d'achat des français, ils vont acheter des trucs à l'étranger.

    Keynes, c'était bien avant la mondialisation...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. 1°) évidemment pas d'accord, justement c'est dans l'industrie qu'il y a eu le moins d'emplois perdus lors des 10 dernières années même si beaucoup ont disparu (voir les graphs dans un de mes billets précédents)
      2°) Ne pas augmenter la demande notament, engendre tout ce que l'i-on vit (chômage, conso à 0, PIB atone, etc..)

      Keynes est bien évidemment toujours valable et bien heureusement.

      Tu es contaminé par le libéralisme ? Tu fais du Mosco ?

      Supprimer
  4. Excellent billet très pédagogique. Je rajouterais cependant une remarque. Dans le choix entre deux politiques économiques, stimulation de la demande ou réduction des déficits, il faut prendre en compte le facteur temps.
    La stimulation de la demande ne va produire ses effets qu'une fois l'industrie française repositionnée sur des marchés porteurs à forte technicité et valeur ajoutée. Dans la période présente, elle profiterait d'abord aux industries allemandes, et asiatiques, creusant encore plus notre déficit commercial, et entraînant donc un besoin de liquidités, forcement comblé par un recours à de nouveaux emprunts.
    En revanche, la réduction des déficits peut avoir des effets plus immédiats, donnant justement le temps de réorganiser notre industrie. Cette réorganisation a besoin de capitaux, et seule la réduction des déficits donnera confiance aux libéraux (qui sont à la tête des institutions financières), pour les persuader de réinvestir dans notre industrie. La condition pour que çà marche, c'est que ces réductions soient faites dans les bons secteurs, pour ne pas étouffer les débuts de croissance.
    C'est, je crois, l'idée de base (et le pari) de la politique de François Hollande, et qu'il a annoncé dès les premiers mois de son quinquennat: 2 ans de rigueur/austérité, 3 ans de relance.
    Ce pari réussira-t-il devant le mécontentement de quasiment toutes les catégories de Français? je ne sais pas. Mais il reste une chose à dire: ce mécontentement général prouve au moins une chose: Cette politique est égalitaire et juste, car personne n'est épargné.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. merci à toi de tous ces compliments très utiles, ça complète parfaitement le billet. Merci encore

      Supprimer

La "modération des commentaires" est activée soit immédiatement soit 2 jours après la publication des billets cela ne doit pas vous empêcher d'en poster.

Sachez tout de même que les commentaires à caractère raciste, antisémite et pornographique ne seront pas tolérés tout comme ceux révisionnistes et sexistes.

En règle générale, les commentaires haineux, injurieux, racistes ou diffamatoires seront également bannis.