Ces congés payés qui devaient être une catastrophe économique selon le patronat

Voilà, l'été est là depuis début juillet et les Français qui le peuvent sont partis ou vont partir en congés. Parmi tous ces vacanciers combien savent que ces congés là n'ont pas toujours été au rendez vous des mois d'été.

Certains diront que c'est de l'histoire ancienne, mais il et important de se remémorer comment l'histoire a commencé. Mais il est bon de rappeler aux libéraux toujours prompts à réagir contre les mouvements sociaux, les grèves etc.. ce qu'ils doivent dans leur propre vie de salarié à ceux qu'ils critiquent, combattent ou méprisent.

Au début des années 1930, notre pays (mais pas lui seul) est confronté à une crise économique, politique, sociale et morale. 

Nous sommes au milieu d'une terrible dépression et, poussée du chômage, chute des revenus, sont alors au menu des français. Bien évidemment la population n'accorde plus aucun crédit aux gouvernants et la perte de confiance dans la démocratie parlementaire est patente.

Alors, en 1935, les partis de gauche et toutes les organisations de gauche concluent un pacte qui s'appellera "Le Front Populaire", l'objectif est de remporter les élections législatives de 1936 pour combattre et résoudre la crise économique et le chômage. Vaste programme !

Les élections législatives se déroulent les 26 avril et 3 mai 1936 et ce qui devait arriver arriva, la coalition de gauche remporte les élections avec à sa tête Leon Blum, "patron" de la SFIO (ancêtre du Parti Socialiste), c'est le premier socialiste à gouverner le pays et d'entrée il change les habitudes puisque 3 femmes sont présentes dans son cabinet alors qu'elles n'ont même pas le droit de vote (eh oui mesdames vous devrez attendre 1945 pour avoir le droit de vote).

Pour la population cette victoire représente un espoir sans précédent et les travailleurs veulent que leurs revendications soient prises en compte par le patronat, alors, un mouvement de grève énorme est déclenché et les usines sont occupées, le pays est paralysé. Plus de 2 millions d'ouvriers sont en grève. Ceci fait réagir le nouveau gouvernement puisque des négociations commencent entre le patronat et les syndicats.

Dans la nuit du 7 et 8 juin 1936 la CGT et le patronat signent un accord (les accords de Matignon) prévoyant :
  • la création des délégués du personnel
  • la reconnaissance du droit syndical
  • augmentation de 12% des salaires
  • instauration de la semaine de 40 heures
  • attribution de 15 jours de congés payés (12 jours ouvrables)  
Les textes furent déposés le 9 juin 1936, votés par les députés les 11 et 12, et par le Sénat les 17 et 18 juin. Le décret d'application de la loi sur les congés payés paru le 1er août.

Le patronat de l'époque réagit évidemment contre ces nouveaux droits accordés. La Fédération des Industries publie des pleines pages de publicité contre cette loi "communiste", qui marque "le début d'une catastrophe économique sans précédent en France, les congés payés feront plus de dégâts à l'industrie et à l'artisanat que les destructions de la grande guerre, dans 3 ans la France sera ruinée".

Et le summum vient de Saint-Sauveur, du Comité des Forges, qui écrit dans Le Figaro : "Nous devons tourner nos regards vers l'Allemagne de Monsieur Hitler, vers l'Italie de Mussolini pour voir comment il faut traiter la question sociale".

Chacun a pu voir que rien de tout ça ne s'est passé, ce ne sont pas les congés payés qui ont ruiné la France mais Hitler 3 ans plus tard.

Pour en finir avec les congés payés, ils ont passés à :
  • 3 semaines en 1956 
  • 4 semaines en 1969 
  • 5 semaines en 1982 
et à chaque fois, soit des mouvements sociaux, soit la gauche au pouvoir a permis l'octroi de ces nouveaux avantages.

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais la droite et le patronat emploient toujours les mêmes termes, les mêmes critiques, les même mots TINA à propos des 35 heures par exemple ou des droits nouveaux, vous ne trouvez pas ?

Ainsi, pour rebondir sur le billet de mon confrère Politeeks, la droite, avait juste avant 1981 un discours qui était le même que l'on entend dans la bouche de Sarkozy, Fillion, Gattaz et j'en passe. Raymond Barre le premier ministre tenait des propos que vous entendez ou lisez tous les jours en regardant votre Télévision ou en lisant votre journal. A l'assemblée nationale le 26 octobre 1977 voilà sa déclaration :

"Parler à l'heure actuelle et à très brève échéance d'une 5ème semaine de congés payés c'est ne pas tenir compte des exigences de l'effort individuel et collectif qui s'impose ....conditions..., nous continuons à vivre comme si la France n'avait pas à payer une facture pétrolière, à mener une bataille de l'emploi..., Est ce que notre économie sera en mesure de supporter des superstructures sociales généreuses..."




Chacun peut le constater, la droite d'hier comme celle d’aujourd’hui tient le même discours, dans les propos de Raymond Barre, remplacer "facture pétrolière" par "crise de la dette" et hop le discours est actualisé et dépoussiéré. 

Consternant n'est-ce pas ?



Allez, bonnes vacances à celles et ceux qui partent.


A lire chez Politeeks : Les entreprises en péril, saloperie de gauche


PS : billet de 2010 réactualisé


Commentaires

  1. OH MON ****** : les citations du mec qui dit "faisons comme Hilter" puissance 100000. La constance de leur discours depuis 1830 est remarquable.

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  2. D'un autre côté, en 75 ans, on n'a pas beaucoup avancé...

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    1. disons que ça dépend de quoi tu parles car quand même les "acquis sociaux" ont été importants mais je note que par exemple avec l'ANI c'est la première fois qu'il y a recul social, sous l'effet de la crise il est vrai mais recul tout de même car le patronat a lui obtenu une certaine libéralisation. Enfin ...... vivement la retraite :))

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  3. Au début des années 1930, notre pays (mais pas lui seul) est confronté à une crise économique, politique, sociale et morale.

    Nous sommes au milieu d'une terrible dépression et, poussée du chômage, chute des revenus, sont alors au menu des français. Bien évidemment la population n'accorde plus aucun crédit aux gouvernants et la perte de confiance dans la démocratie parlementaire est patente.


    J'ai l'impression qu'on peut changer 1930 par 2013. Reste à trouver un "parti de gauche" pour 2017 mais là, je ne vois pas ...

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  4. Beau billet! J'aime bien quand tu fais de l'histoire ;-)

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    1. rhoooo je vais rougir ...... mais la championne en la matière c'est toi :) Bises

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    2. Sauf que j'ai du mal à être concise quand je me lance!

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  5. Ce qui est amusant, c'est d'essayer d'expliquer à ses clients étrangers pourquoi il est impossible de travailler (sauf dans l'industrie du tourisme) en France entre le 15 juillet et le 15 août. ..

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    1. Et c'est aussi amusant de lire des âneries pareilles alors que les autoroutes de France sont traversés par des hordes d'allemands, de belges, de hollandais et j'en passe.

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