Arnaud Montebourg : De la démondialisation des primaires à la relocalisation qui marche

Vendredi dernier j'étais invité à la demi-journée de présentation au ministère du redressement productif sur le thème : Relocalisation productive : le choix de la France.

Il y avait dans l'assistance un grand nombre de dirigeants d'entreprises intéressés par la démarche et d'autres qui avaient sauté le pas en ayant relocalisé en France leur outil de production.

Ce thème de la relocalisation n'est autre que celui de la "démondialisation" que promettait Arnaud Montebourg lors des primaires à gauche. 

Chemin faisant on s'aperçoit qu'il est fidèle à ses idées puisqu'il essaye de les mettre en pratique, malgré une certaine inertie de l'UE en la matière (mais ça bouge dans le bon sens du côté de Bruxelles - cf le photovoltaïque, l'acier et la porcelaine).

Les mots ne sont pas les mêmes mais les intentions sont bien identiques. La démondialisation du candidat aux primaires est devenue la relocalisation du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg et ça c'est une bonne chose que de constater la fidélité à ses idées et à ses rêves.

Donc, cette matinée était organisée autour d'interventions et de tables rondes avec des dirigeants d'entreprises venus expliquer les raisons pour lesquelles ils avaient relocalisés en France.

L’étude de Sémaphores et du professeur E.M. Mouhoud (professeur à Paris-Dauphine), nous a été présenté par le professeur lui-même. Elle a clairement identifié les facteurs des relocalisations d’entreprises et propose des solutions durables pour les appuyer dans le maintien ou la relocalisation de leurs activités en France.

Trois types de relocalisation sont identifiés
  • les relocalisations d’arbitrage, opérées par de grands groupes par comparaison de différents sites envisageables,
  • les relocalisations de retour, consécutives à des délocalisations,
  • les relocalisations de développement compétitif, permettant l’approfondissement des positions établies sur les marchés extérieurs.
Les potentiels de relocalisation des territoires français : cibler les zones de performances extérieures et les zones urbaines de services


Des exemples de relocalisation nous ont été présentés (Rossignol, Eminence, Kindy, Meccano, etc..) et à mes yeux la plus frappante est celle de la société Loiselet qui a un moment donné, nous dit son dirigeant, a fait ses comptes. La délocalisation en Chine lui revenait plus chère qu'une relocalisation en France du fait d'une qualité moindre et malgré un coût de la main d'oeuvre supérieure en France.

Société Loiselet (comparaison du prix)




Le document complet de la société Loiselet : Présentation relocalisation Loiselet

La relocalisation n'est pas une vue de l'esprit qui fait sourire les journalistes de la presse économique pour qui seul le coût de la main d'oeuvre entre en ligne de compte pour maintenir les délocalisations, omettant de prendre en compte tous les autres coûts.

La démondialisation relocalisation ça existe de plus en plus et ça marche, voyez plutôt ce reportage de France Télévision qui l'explique la démarche de Loiselet :




Cette démarche de relocalisation pour produire "Made in France" est appuyée par les Français qui sont de plus en plus nombreux à être sensibilisés à la question du "Made in France".

J'en veux pour preuve la dernière étude  sur "Les Européens et le patriotisme économique" que l'Ifop a menée dans plusieurs pays européens (étude intégrale à lire ici). En 18 mois, les Français sont passés de 46% à 57% a juger que ce critère du "Made in France" était déterminant dans leur choix.


Pour conclure cette matinée, Arnaud Montebourg a présenté son dispositif pour consolider le mouvement de relocalisation :
  • la mise en place d'un outil au service des PME, le logiciel en ligne Colbert 2.0 (disponible début juillet) qui leur permettra de réaliser un autodiagnostic et de simplifier leurs démarches de relocalisation. En 50 questions, l’entreprise aura une analyse de son potentiel de relocalisation, une proposition de parcours, une indication des aides et soutien possibles et la désignation d’un interlocuteur unique pour l’accompagner.


  • la création d'une base de données pour que l’Etat, les régions et les collectivités locales puissent valoriser les avantages de chaque territoire.
  • l'institution de 22 interlocuteurs uniques pour l’investissement dans les régions pour simplifier les démarches.
  • l’utilisation, en lien avec Michel Sapin, des fonds de revitalisation (50 millions d’euros) pour faciliter l’implantation d’entreprises sur des territoires industriellement sinistrés. Par le truchement de ces fonds de revitalisation, ce sont des entreprises privées quittant le territoire qui financent la localisation ou relocalisation d’autres entreprises.
  • la mobilisation des aides à la réindustrialisation (ARI) pour accompagner de manière plus souple les entreprises qui localisent ou relocalisent des productions en France.


Autant vous dire que je n'ai pas perdu mon temps lors de cette matinée à Bercy, le sérieux de la démarche, la volonté affichée, les outils mis en place me paraissent autant d’éléments devant inciter les entreprises à s'interroger sur leur maintien à l'étranger et leur relocalisation en France. 

Commentaires

  1. Beau billet ! Ça fait du bien, un billet de fond, de temps en temps.

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    1. merci, comme tu dis, ça fait du bien et ça donne envie de repartir :)

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  2. Bonne pédagogie ! Juste une question, par rapport aux propositions de la primaire : ne crois-tu pas qu'il manque tout de même un arsenal juridique européen pour qu'on puisse véritablement dire que relocalisation = démondialisation ?

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  3. oui bien d'accord avec toi, c'est tout le problème actuel même si de-ci de-là l'UE commence à prendre quelques mesures. Mais tant que l'Europe restera ouverte à tous les vents, sans règle ni contrôle rien ne changera alors qu'ailleurs (USA, Chine notamment) ils n'hésitent pas à augmenter les droits douaniers quand c'est nécessaire.
    Quand les européens ensemble réaliseront qu'ensemble ils sont bien la première puissance économique du Monde et le 1er Client de la Chine on aura fait un progrès mais la tendance est pour l'instant au repli sur soit de certains pays plutôt que de la jouer collectif

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  4. La réalité est que l'ensemble des pays de l'UE ont décidé de sacrifier leur industrie à la fin des années 90 au profit des services et de l'économie non matérielle, qui était à la mode à l'époque. Souvenez vous, on parlait de "nouvelle économie". Avec nos usines, nous représentions le passé. Voilà pourquoi il y a 0% de droit de douane sur un téléviseur chinois vendu en France, alors qu'un téléviseur français vendu en Chine va prendre 30%. Cette asymétrie est vraie pour des milliers de produits.

    Mais ce n'est pas le plus grave. Les gouvernement UE font de beaux discours sur le droit du travail, le respect de l'environnement, avec toujours plus de normes (exemple : REACH). Mais parallèlement on encourage l'importation de biens manufacturés provenant de pays très peu regardants. Facile de diminuer sa production de CO2 dans ces conditions.

    Et l'Etat et les collectivités locales sont les premiers à forcer les fournisseurs à délocaliser, puisque la production locale n'est jamais un critère dans les appels d'offres. C'est ainsi que le "Linky", le fameux compteur électrique du futur qui va équiper tous les logements français, est fabriqué en Chine et en Tunisie. Il y a pourtant en France une bonne dizaine d'industriels de l'électronique qui avaient la capacité de le produire, et ça aurait pu éviter certaines fermetures d'usines dans ce secteur très affecté.

    Aujourd'hui certains commencent à se rendre compte que la perte de notre textile, notre électronique, notre métallurgie (acier, alu et autres non ferreux), notre plasturgie, et bientôt notre automobile et notre chimie, est un prix trop lourd pour vendre quelques services financiers. Notons que ces services ne créent aucun emploi mais rapportent beaucoup à un petit nombre, très influents auprès de la commission et du parlement UE.

    Mais il est bien tard. On peut détruire une industrie en quelques jours, mais il faut des années pour la reconstruire. Et malgré les discours, le gouvernement ne fait rien, comme on l'a vu pour Photowatt, Fralib, Technicolor, Arcelor, PSA, Michelin, TI, Alcatel, Sanofi, Freescale, Heuliez, etc... On a même vu un premier ministre s'auto-congratuler de la fermeture des hauts fourneaux de Florange. Toute fermeture de site industriel est un drame, non seulement à cause des conséquences sociales, mais à cause de la perte d'un savoir faire accumulé depuis de nombreuses années.

    On peut se passer de la BNP ou de Google, mais on aura toujours besoin d'acier, de chimie, de textile et d'électronique.

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