Trop d'Etat ou pas assez ? Le paradoxe français

Dans ces moments dit de crise, qu'elle soit économique ou météorologique il est toujours des bien pensants pour se plaindre soit du trop grand nombre de fonctionnaires soit du manque de fonctionnaires c'est un paradoxe puisque ce sont les mêmes Français qui s'en plaignent.

Ainsi en cet hiver 2013 qui n'en finit pas nous avons depuis quelques temps et notamment ces jours-ci un exemple type de la bêtise française. Chacun sait les difficultés rencontrées un peu partout au nord de la France et dans les pays comme l'Allemagne, la Belgique, les Pays-bas et la Grande-Bretagne.

Partout là où c'est nécessaire  l'Etat fait le job, les préfets  les services de police et de gendarmerie sont mobilisés, les équipes d'ERDF, de la SNCF, de la DDE sont sur le terrain pour, autant que faire se peut, dégager ce qui peut l'être et secourir les personnes bloquées ou coincées ici où là. L'Etat fait son travail mais il est particulièrement difficile de lutter contre les éléments climatiques de cette ampleur.

Alors, évidemment les chaines d'infos nous montrent à longueur de journées les quelques dizaines de personnes qui subissent ou ont subit les méfaits de cette neige et du vent qui l'accompagnait formant ainsi des congères. 

Chacun se plaignant soit du manque d'information, soit du manque d'aide ce qui se comprend aisément car être coincé en "rase campagne" sur une autoroute n'est pas des plus agréable. C'est donc du manque d'Etat dont ces personnes se plaignent.

Et puis inévitablement on arrive alors à l'instant où l'UMP entre en piste, par exemple, on reproche aux gouvernants "leur manque d'anticipation" (Alliot-Marie hier soir sur BFMTV), comme-ci bien évidemment les préfets du Calvados, du Nord et de la Manche avaient pu prévoir les congères de neige qui se sont formées à certains endroits de leur département mais pas partout. 

C'est vous l'avouerez assez comique tellement c'est politicien et de bas étage.

Un sondage récent nous indiquait que les Français souhaitaient majoritairement moins de fonctionnaires (source) mais là encore ne sont-ils pas les mêmes à se plaindre et à juger qu'il n'y  pas assez : 




  • de la lenteur de la justice, encombrée de toutes parts par une multitude de dossiers à traiter (rappelons nous qu'entre 2008 et 2010 Sarkozy a supprimé : 23 TGI sur 181, 178 tribunaux d'instances sur 473, 55 tribunaux de commerce sur 239, 63 conseils de prud'hommes sur 271 soit un total de 319 tribunaux (grande instance et instance, commerce, prud'hommes) de supprimés.

Entre 2007 et 2011 Sarkozy aura supprimé 150 000 postes de fonctionnaires (source) dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) consistant à ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux. Pour quel résultat ? 

Les conséquences de ces coupes budgétaires sont vécues par les Français dès qu'ils sont confrontés dans leur vie personnelle ou professionnelle au besoin de service public, et là ils râlent, tempêtent, s'énervent de l'absence ou de la lenteur de l'Etat que pourtant eux-même cautionnent en jugeant qu'il valait mieux supprimer des fonctionnaires plutôt que de payer des impôts en plus.

A ce sujet j'ai une anecdote révélatrice de cet état d'esprit, un membre de ma famille qui vit aux Etats-Unis et s'y est même marié me racontait que les américains ont pour la plupart ce raisonnement qui entraine dans la ville où il vit à ne pas entretenir certains édifices comme les routes et les mains courantes de ponts car elle n'a pas de budget pour cela faute d'imposer d'avantage les habitants. La main courante du pont peut bien rester rouillée et les nids de poule peuvent bien être nombreux tant qu'on ne leur demande pas un dollar de plus.

Pas sûr que ce soit cela que veulent les Français.



Commentaires

  1. bon billet ! mais bon si la RGPP continue sous un nouveau nom ?

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    1. Tiens ! Les réponses aux commentaires sont OK (vu ton tweet).

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  3. Bonne piqûre de rappel pour nos amis sarkozyste!

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  4. Je crois que cela vient d'une sorte d'idée que les fonctionnaires ne travaillent pas ou à des choses "inutiles"... mais personne ne peut préciser ce qui au juste est "inutile".

    En ce qui concerne le pur administratif: chaque structure, procédure, chaque contrôle, chaque formalité "coûte" en temps de travail de fonctionnaire ou assimilé. Ceux qui se plaignent du coût de la fonction publique devraient donc avoir à cœur de supprimer des structures et des procédures. Or, sous les présidences de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, pour ne prendre que quelques exemples:
    * on a essayé les jurés citoyens en correctionnelle, ce qui allongeait les audiences, donc + de temps de greffiers, magistrats etc. sans parler du temps de formation des jurés
    * dans le monde de l'enseignement supérieur + recherche, on a créé des structures supplémentaires (ANR, AERES, LABEX, IDEX...), sans pour autant tout à fait supprimer l'existant

    Parallèlement, on continue de payer des gens à s'occuper de multiples couches d'autorisations pour un même dossier, parce que "la loi l'impose". On a multiplié les collectivités locales et les regroupements d'icelles, complexifiant considérablement les circuits financiers.

    Je commencerai donc à prendre au sérieux ce qui veulent supprimer des fonctionnaires quand il expliqueront concrètement lesquels sont inutiles, quels services, quelles procédures, quelles collectivités, etc. ils veulent supprimer.

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    1. "Parallèlement, on continue de payer des gens à s'occuper de multiples couches d'autorisations pour un même dossier, parce que "la loi l'impose". On a multiplié les collectivités locales et les regroupements d'icelles, complexifiant considérablement les circuits financiers."

      C'est bien pour ça qu'on fait une grande réforme territoriale et qu'Hollande part à la chasse contre les normes.

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  5. Bravo et merci pour cette mise au point indispensable ! Il ne faut pas de plus confondre la volonté qui a mobilisé les différents gouvernements de rendre le service public plus opérationnel (y compris oui avec une révision générale des politiques publiques) avec une volonté délibérée sinon avouée d'éradiquer le service public en vue de le confier à de prétendus libérateurs qui eux sauront mieux faire car mus par un magnifique désir de rendre un vrai service, le moins cher possible et le plus proche de la qualité voulue par les concitoyens. Ainsi, qui peut prétendre qu'il n'y a pas de gaspillage dans les services publics. Pour simple exemple : les régions ont décidé de doter les lycéens d'ouvrages gratuits à disposition des enseignants de collège et de lycée. Bonne mesure dira-t-on pour rendre plus équitable l'accès à l'école. Cela n'empêche pas le corps professoral d'utiliser autant de photocopies qu'auparavant : c'est à n'y rien comprendre. Le poste photocopie ne bouge pas quoique les professeurs exigent comme acquisition de manuels gratuits à la rentrée. De plus, un enseignant trouvera tout à fait normal au nom d'une sacro sainte liberté pédagogique d'annoncer qu'il n'utilise pas l'ouvrage de référence choisi par ses collègues avant lui et qu'il décide lui, tout seul, de tirer des photocopies. A un niveau plus large, la réforme des tribunaux semble avoir brutalisé les campagnes contraintes de traiter des affaires à 60 km voire plus de chez eux. Mais est-il si nécessaire de mobiliser les tribunaux sur des affaires qu'une bonne utilisation de services de proximité permettrait : médiateurs, huissiers notamment, et peut être une certaine forme de philosophie qui dit qu'il vaut mieux un mauvais compromis qu'un bon procès. L'administration depuis près de vingt ans n'a pas cessé de s'améliorer mais le plus dur ce ne sont pas les procédures mais l'action sur les hommes. On a restructuré l'ANPE et les ASSEDIC dans POLE EMPLOI. Cela ne fonctionne pas car il n'y a assez de personnels pour traiter l'accueil des demandeurs d'emploi et qu'en revanche cette refonte à conduit des personnes à changer de métier : à savoir accueillir de vraies personnes alors qu'auparavant (ASSEDIC) on ne traitait que des dossiers de financement, pour certains cela a été une révolution que de voir un "dossier" en réel. Des cadres qui n'ont pas encore l'âge de la retraite, se sont trouvés en doublon dans des structures et qu'il a fallu leur trouver des missions qu'ils ont mis un certain temps àmettre en oeuvre, sans admettre vraiment ce qui leur arrivait. Si le Directeur de l'ANPE de l'époque, CHARPY avait pu démontrer que le service public réussissait mieux que le privé pour trouver des emplois et à moindre coût que le secteur privé que l'on avait sollicité pour placer les personnes les mieux réemployables ce n’est pas pour autant de laisser la fonction publique. Ce manque de souplesse si coûteux parce qu'on n'a pas encore habitué des personnes à bouger dans leur métier à accepter de muter sur d'autres postes au bout de quelques années par exemple. Ainsi encore dans l'Education Nationale, on ne mute que sur son choix propre et pas du tout pour les besoins du service. Pourquoi ne pas affirmer qu’être fonctionnaire, avoir la sécurité d'emploi ont un prix : notamment dans l'acceptation des changements de poste ? Il est temps que les jeunes qui ont aujourd'hui moins de cinquante ans s'emparent du pouvoir car ils n'ont pas connu ces années d’or. Ils sont, déjà ! les enfants du chômage, du changement d'emploi ou de postes. Ceux-là auront peut être moins de scrupules à faire ce que leurs aînés ont refusé de faire. Le chemin est tracé et on pourra donc encore embaucher des fonctionnaires pour rendre le service public nécessaire là où c'est indispensable. C’est au pouvoir politique d’en décider.

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    1. merci de toutes ces précisions très intéressantes

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