Cahuzac - Mélenchon : l'inutile débat

Hier soir j'étais devant mon écran plat coréen (désolé Arnaud) pour regarder le débat opposant Jérôme Cahuzac à Jean-Luc Mélenchon, annoncé avec tambours et trompettes par France télévision.

Autant vous le dire tout de suite je n'ai pas été étonné une seule seconde par le contenu des échanges, par les attitudes des deux intervenants, par le façon de paraître et par leurs arguments respectifs.

Nous avions pourtant face à face, les ingrédients pour un débat réussi, un gouvernant et un opposant, l'un et l'autre défendant leurs positions voire leurs décisions ou celles du gouvernement auquel l'un des deux appartient.

La première surprise pour moi a été l'emportement inutile de Jean-Luc Mélenchon à l'endroit de Cahuzac le traitant de Cahuzandréou qui du coup lui rétorqua par un "cessez de faire le clown" cinglant tout autant que peu élégant. 

Dans ce genre de débat la caricature n'a que peu sa place quand on veut convaincre les téléspectateurs, non partisans, de la justesse de ses propos et positions et, en étant sérieux deux minutes, je crois que l'on peut difficilement comparer la situation de la Grèce à celle de la France.

Cahuzac a été tel que l'on le connait depuis toujours, sûr de lui, de son action, de ses choix, répondant en excellent technicien connaissant ses dossiers et admettant à la marge quelques identités de point de vue avec son "opposant" d'un soir. Hier soir il a su garder son sang froid, son calme et être piquant voire vexant ou arrogant quand il l'a souhaité.

Mélenchon a été lui aussi fidèle à son image de tribun vue et revue lors de la dernière campagne électorale, mais hier soir n'était pas un meeting électoral. Il a tenté d'imprimer son rythme au débat mais Cahuzac vieux renard a su calmer ses vitupérations parfois avec arrogance. 

J'ai tout de même relevé que la proposition de Mélenchon d'emprunter de l'argent aux marchés sans en rembourser ces sommes avait du mal à convaincre Cahuzac et je dois le reconnaître moi également. Cela me semble parfaitement illusoire de croire en cela. 

Et pourtant je suis très proche de son idée consistant à affirmer qu'il y a autre chose à faire que ramener les déficits à 3% du PIB, règle stupide si peu ou jamais respectée depuis l'existence du traité de Maastricht en 1992. Tout comme je partage son point de vue sur la formulation de "cadeaux" à propos des 20 milliards du pacte de compétitivité attribués sans contrepartie aux entreprises sous forme de crédit d'impôt. Mélenchon doit être plus posé pour gagner encore davantage l'opinion des Français.

L'autre surprise de ce débat a été de voir Cahuzac nous annoncer que la réforme fiscale, promise par François Hollande lors de la campagne électorale, était faite. Alors là si je n'avais été assis j'en serai tombé sur le cul car là franchement c'est de l'abus de confiance, les électeurs de Hollande attendaient une réforme encore plus importante que de taxer les revenus du capital comme les revenus du travail, quid de la fusion IRPP et CSG, quid de l'imposition des grands groupes qui devait se rapprocher de celle, plus élevée dans les faits, des PME, quid de l'imposition des Français exilés fiscaux, quid de la lutte contre les paradis fiscaux ?

Sur ce coup là, Cahuzac a marqué un but contre son camp.

A la fin du fin chacun est bien évidemment resté sur ses positions, Cahuzac en bon gestionnaire social-démocrate sans surprise a expliqué en substance qu'au fond la politique économique engagée consistant à réduire dette et déficit était la seule possible (TINA) dans la justice et en imposant davantage les plus aisés que les autres et Mélenchon essayant lui de démontrer qu'une autre politique était possible sans austérité pour le peuple. 

C'est en cela que le débat a été inutile car nous n'avons rien appris de plus que ce que nous ne savions déjà.

Je ne peux terminer ce billet sans vous parler de la dernière opposition du débat, celle se rapportant à l'existence ou non de la lutte des classes, sans surprise Mélenchon appuya sur ce point alors que pour Cahuzac elle n'existe plus et il n'y croit pas. 

Je rappelle à cet égard que "la déclaration de principes du PS" qui, pour la petite histoire n'a été modifiée qu'à 5 reprises en un siècle (1905, 1946, 1969, 1990, 2008), ne fait plus référence à la "lutte des classes" depuis son toilettage en 2008 avant le congrès fumeux de Reims.

Je conclurai par la formule de Mélenchon destiné à ces propres "troupes" "Il n’y a pas la vraie gauche et la fausse gauche, c’est une erreur"


Commentaires

  1. Je partage cet avis. Néanmoins, moi j'ai appris plus que ce que je savais déjà. Si Cahu a su gérer à peu près le débat sur la forme, la façon dont il a assumé le positionnement libéral de l'action gouvernementale m'a sidéré. Que ce soit dit par des blogeurs rouge, on peut se réfugier en leur prêtant une posture. Que ce soit dit par un ministre essentiel, çà fait mal.
    Quant à la lutte des classes, même depuis 2008 restent entretenus, au sein du PS, cette notion fondatrice du socialisme. J'espère que Filoche & co étaient bien assis.
    M'est avis que, sur ce coup, c'est le PS qui y a le plus perdu.

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  2. On est d'accord à un détail près : j'ai trouvé le débat de qualité par rapport à toutes les soupes habituelles qu'on peut nous servir à la télé.

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  3. @shaher : perso je ne crois pas que ce soit une position libérale de cahuzac, de toi à moi les libéraux c'est autrement différent.

    @nicolas : absolument d'accord, j'aurai du le préciser dans mon billet

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  4. Ne pas rembourser selon les termes des créanciers, Argentine et Islande l'ont fait, et leur situation s'est améliorée de manière spectaculaire...Comme Mélenchon et beaucoup d'autres, je crois qu'on ne peut pas faire l'Europe sans la France.
    Merci de cette tribune de débat.
    Alain VAUTIER

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  5. "Il n'y a pas la vraie gauche et la fausse gauche".

    C'est vrai. Il y a la gauche néolibérale et le reste.

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  6. En ce qui concerne l'insulte "Cahuzandréou" et "Hollandréou", l'idée de Mélenchon je pense n'est pas de dire que la France est dans la même situation que la Grèce, mais de dire qu'entre le peuple et les marchés, Hollande et Cahuzac ont bien montré qui ils choisiraient. On a quand même un gouvernement socialiste qui s'est donné pour principal objectif l'amélioration de la compétitivité des entreprises, thème néolibéral par excellence s'il en est, sans une seule seconde remettre un peu en cause les poncifs néolibéraux sur la question (compétitivité = baisse du coût du travail à travers baisse des salaires ou de charges sans contreparties).

    C'est moi qui ait écrit "il y a la gauche néolibérale et le reste".
    Moi je ne suis militant d'aucun parti, ma politisation m'est venue du syndicalisme étudiant (SUD). J'ai voté Mélenchon au premier tour puis Hollande au deuxième pour virer l'UMP. Je n'avais que peu voire pas d'illusions concernant la politique du PS (il suffit pas d'un "mon ennemi c'est le monde de la finance" pour me convaincre), mais maintenant je suis vraiment, vraiment désabusé. Et je me demande vraiment si le jour où une telle situation au second tour se reproduirait, je voterai PS (je ne voterai bien sûr pas à droite, mais je les laisserai se dépatouiller entre eux quoi)... Je leur en veux. Vraiment. Je suis assez jeune pour n'avoir pas connu le Mitterandisme (j'avais 3 ans quand il est mort) donc c'est ma première expérience du PS au pouvoir.

    Je suis pas là pour troller les socialistes, je n'en veux pas aux partisans à tout prix de l'unité de la gauche, que je comprends un peu, mais merde quoi, vu les points de désaccords entre le PS et le reste de la gauche sur le cadre néolibéral, qui est quand même la cause des causes d'une grosse partie de nos problèmes économiques et sociaux, cette unité c'est juste un voeux pieu et hypocrite.

    Perso ça ne m'amuse pas du tout de voir la gauche s'entrebouffer à coups de "fausse gauche", côté FdG et de "gauche façon Corée du Nord", comme on entend souvent dans la bouche de responsables du PS. Mais il y a un problème avec cette gauche qui a abandonné toute volonté de transformation de la société actuelle, qui a abandonné tout projet idéologique de long terme, vers une société plus démocratique, plus égalitaire, réellement plus juste. Non le PS nous sert presque le même verbiage néolibéral empoisonné que la droite. Le PS nous prend pour des cons tout autant que la droite en prétendant qu'il n'y a pas d'alternative à la politique austéritaire, que si l'Etat est si endetté c'est juste qu'il a trop dépensé. Les enjeux de la crise financière qui s'est propagée dans l'économie avant de se muer en crise de la dette publique, le PS ne les effleure même pas puisque "la crise, c'est fini" (ou alors "c'est presque fini").

    Je ne suis pas l'ennemi du PS, mais le PS a fait de moi un opposant farouche.


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  7. Précision : j'ai participé au mouvement social d'opposition à la réforme des retraites, et ça aussi, je l'ai largement en travers de la gorge, d'avoir vu le PS manifester avec nous, nous récupérer politiquement sans vergogne aucune pour se donner une image d'opposition de gauche, avant d'entériner la réforme sarkozyste une fois au pouvoir. (les quelques modifications de la réforme qui ont été faites ne sont pas du tout à la hauteur du slogan scandé par les militants PS pendant le mouvement social "60 ans pour tous").

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  8. Après je ne confonds pas gouvernement et militants de l'aile gauche du PS, mais je me dis que ceux-ci se trompent de cheval.

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  9. "La première surprise pour moi a été l'emportement inutile de Jean-Luc Mélenchon à l'endroit de Cahuzac le traitant de Cahuzandréou qui du coup lui rétorqua par un "cessez de faire le clown" cinglant tout autant peu élégant."

    Pas du tout inutile. Vu le peu de croissance attendue pour 2013 (si il y en a, la prévision de 0,8% nécessaire pour tenir le budget était déjà moquée, avant même l'annonce du FMI hier) et l'explosion du chômage, sauf à compter sur un miracle, le gouvernement n'atteindra vraisemblablement pas les objectifs fixés en terme de déficit sans plan d'austérité supplémentaire.

    Mélenchon le sait et déroule son raisonnement, tous les observateurs le pressentent mais Cahuzac continue face caméra à faire le paon... sans JAMAIS apporter (lors du débat ou ailleurs) le moindre élément crédible - voire juste susceptible de restaurer un peu de confiance, surtout après l'annonce de la veille sur la stabilité fiscale jusqu'à la fin du quinquennat - pour appuyer ses dires de "bon gestionnaire social-démocrate" comme tu le qualifies.

    Le "Cahuzandréou" est là pour le lui rappeler, l'usage des circonvolutions ayant des limites... lorsque l'on s'affirme la "gauche réaliste".

    Et que par ailleurs, on attaque bille en tête l'émission en affichant vouloir démonté le contre-budget du PG ;)

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  10. billet un peu caricatural tout de même: d'une part il est logique que Mélenchon se fasse recadrer lorsqu'il joue avec le nom des gens au lieu d'argumenter sur le fond (Canalguada: le fond a souvent manqué à Mélenchon lors de ce débat) alors que lui-même s'était emporté sur le même sujet "Je m'appelle Mélenchon, mon nom sert par à faire des plaisanteries".

    Sur le reste, si en effet dire "la réforme fiscale est faite" me parait un peu rapide, si je partage l'avis de Mélenchon sur le souci d'écart entre les deux dernières tranches (voulu d'ailleurs par la "gauche du ps" et non par Cahuzac) hurler à la trahison et au TINA dés que quelqu'un explique du concret au niveau finances publiques me parait la aussi extrêmement excessif.

    Le débat hier eu le mérite de la qualité, ce qui est souvent rare à gauche. Pourquoi? Ben notamment parce que nombreux font comme tu le fais un peu trop dans ce billet dire "ce type, Cahuzac, est réputé à droite de la gauche, c'est mal, je n'écoute pas ce qu'il dit"

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  11. @anonyme: c'est qui le peuple? Parce que pour le coup utiliser "le peuple" (donc le mélange interclassiste) c'est complétement nier la lutte des classes...manque de cohérence.

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  12. "J'ai tout de même relevé que la proposition de Mélenchon d'emprunter de l'argent aux marchés sans en rembourser ces sommes avait du mal à convaincre Cahuzac et je dois le reconnaître moi également."

    Pas vraiment ce que j'ai compris...

    C'est dans un premier temps un audit citoyen qu'il propose. Pour déterminer la dette considérée légitime ou pas. Question aussi de renvoyer chacun à ses propres responsabilités, une bonne fois pour toutes pour avancer.

    Puis que la BCE se substitue, bon gré mal gré, au marché en prêtant directement aux États. Dans quelles proportions restant à définir mais surtout à négocier avec elle.

    La digression sur le marché, ne voulant plus prêter parce que non remboursé, n'était qu'une interprétation à dessein trop simpliste de Cahuzac, semblant refuser toute tentative de sortie du cadre actuel.

    Cadre tellement favorable, entre autres, aux banques privées qu'en pleine crise elles ont pu rembourser ce que l'État leur avait prêté, ou qu'elles ont profité grâce à la planche à billets de la BCE - elles sans que Cahuzac s'en émeuve comme au cours de débat parlant de monétisation - de crédits très généreux (cela se chiffre en millier de milliards d'euros à l'échelle de l'UE, même pas de la seule zone euro, une banque de la City en ayant profité, de mémoire...). Sans même parler des taux d'intérêts à court terme sur nos titres de dette qui sont carrément négatifs s'il fallait commenter les doutes du marché quant à la nécessité de soutenir notre économie !

    [Cahuzac semble bien sûr aussi refuser d'assumer sa fonction de ministre, en n'informant pas le citoyen de l'action menée par l'exécutif au niveau des institutions européennes avec nos partenaires... bref de proposer - lui si brillant ! - une alternative plus fonctionnelle, au lieu de traiter la question par le mépris]

    Mélenchon a donc essentiellement mentionné qu'au pouvoir la dette serait remboursée "quand on pourra" : comprendre que le premier objectif est d'au moins réduire sa charge grâce à des emprunts auprès de la BCE avec un taux d'intérêt aussi faible que ceux accordés aux banques privées, pour pouvoir investir et relancer l'activité à la place.

    Parler d'annulation de dette après audit est juste une étape indispensable et préalable à l'établissement d'un rapport de force concret et favorable avec les banques privées (donc la BCE, le poids des nôtres n'étant pas négligeable) et les autres institutions financières (dont les assurances, investissant de façon plus importante à l'étranger que sur le territoire, mentionnées elles aussi durant le débat) la détenant.

    Sans cela, la BCE, indépendante comme le martèle Cahuzac, sans même se préoccuper de trouver un autre moyen, ne bougera jamais dans le sens voulu, défendant ses propres intérêts. Pas plus que les assurances ne le feront sans la contrainte de la loi...

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  13. @ romain blachier. Le peuple ce sont les travailleurs par opposition aux possédants, l'écrasante majorité de la population quoi.

    Ca devrait être limpide hein. C'est toi qui met de l'incohérence là où il n'y en a pas.

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    1. Lol. Donc "les possédants" ne travaillent pas...

      Ce qui est "limpide" c'est que "le peuple" appartient au vocabulaire du totalitarisme, dans sa version facho ou coco, et ce n'est que dans ce vocabulaire du totalitarisme qu'il a une utilité politique.

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  14. Hugo appelait ça la cariatide. La vaste majorité de mangés au sein de la population française. Cahuzac, il se place du côté des mangeurs.

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