Florange : Pourquoi Ayrault s'est fait gruger par Mittal et Montebourg avait raison ?

Cher lectrice et lecteur, 

Je dois vous avouer m'être trompé ou avoir été trompé (c'est comme vous l’interpréterez) quand samedi matin je titrais "Mittal Capitule et échappe à la Nationalisation", non pas que la nationalisation ait été effectuée depuis lors mais bien que de capitulation il n'est point question. Vous voudrez bien m'en excuser.

Le communiqué triomphant de Jean-Marc Ayrault m'a fait croire à une victoire sans partage du gouvernement et une défaite avérée de Mittal. Cela m'a conduit à une mauvaise appréciation de la situation. Avec le recul, il semble bien en effet qu'il ne s'agisse au mieux que d'une "victoire" partielle de celles et de ceux qui voulaient "sauver Florange" et au pire un succès pour Mittal.

Mais pourquoi cette victoire ne serait que partielle me direz vous sachant que :

  • Il n'y a pas de plan social 
  • Les hauts fourneaux sont maintenus en l'état
  • Il n'y a pas de licenciement 
  • Un investissement de 180 millions d'euros est prévu sur 5 ans
En fait, si l'on prend point par point, on va constater qu'au final Jean-Marc Ayrault le premier ministre et ses conseillers se sont fait gruger par Mittal. 

Comment et pourquoi ?

L'investissement de 180 millions sur 5 ans : 

Cela représente il est vrai une jolie somme quand on en prononce le montant mais après tout, cela ne représente que 36 millions par an. Quand on sait que chaque année lors de 8 dernières années Mittal investissait 30 millions /an on doit reconnaitre que Mittal ne fait pas un effort. 

Par ailleurs, on sait que le rapport de l'expert Pascal Faure remis à Arnaud Montebourg en juillet dernier préconisait notamment un effort de 80 millions (25 millions sur la filière dite "chaude" et 55 millions pour le "froid") ce qui faisait 400 millions sur 5 ans, on est très loin du compte avec les 180 millions de l'accord de vendredi dernier. (le rapport est disponible au bas de ce billet en .pdf)

Il n'y a pas de plan social :

Si l'on s'en tient au fait, il est vrai qu'il n'y aura pas de plan social alors qu'il était prévu initialement par Mittal. Ceci étant, "pas de plan social", ne veut pas dire "pas de suppression d'emplois" puisque Mittal a depuis vendredi confirmé qu'il y aurait des suppressions de postes à l'aide de départs à la retraite et des départs volontaires.

Par conséquent là encore Mittal poursuit son plan de désindustrialisation puisque ces départs de salariés sont estimés à 300 au minimum et il n'aura pas eu besoin de plan social pour cela.

Malgré tout on peut tout de même se satisfaire qu'il y ait 629 emplois maintenus, j'ai bien dit "emplois" et pas "postes", vous aurez sans nul doute compris la nuance.

Le sort des hauts fourneaux :

Chacun sait que Mittal voulait les fermer et qu'il s'est engagé à "les maintenir en l'état" dans l'attente de la réalisation d'un projet européen de captage et de stockage de CO2, baptisé Ulcos (Ultra-Low Carbon Dioxide Steelmaking), proposé pour un des hauts-fourneaux de Florange, qui est un prototype de captage stockage du CO2 qui doit permettre de réduire considérablement la pollution de l'air par la fabrication de l'acier. 

Ce projet, est en attente de financements européens prévus d'ici fin décembre et il n'est absolument pas certain que ce projet permette une remise en activité des 2 hauts fourneaux. D'ailleurs il est assez symptomatique de voir Mittal "vouloir couper le gaz" alimentant les hauts fourneaux ce qui signerait leur arrêt définitif.

Si ce projet reste à l'état de projet quid des 2 hauts fourneaux ?

Conclusion : Cette nationalisation temporaire que Hollande et Ayrault n'ont pas voulue:

Le premier ministre vendredi soir a voulu nier la contribution d'Arnaud Montebourg dans cette opération en critiquant et condamnant le projet de nationalisation sans une seule fois citer le nom de son ministre.

De rétropédalages par communiqué en interview pour rattraper sa bourde il est tout de même convenu que Montebourg avait été déterminant pour faire avancer les négociations. Mais la ficelle est un peu grosse et les dissensions sont clairement apparues entre un ministre volontariste voulant redonner toute sa place à la force politique et un premier ministre gestionnaire socialisant.

Le premier ministre et son entourage ont donc négocié coûte que coûte avec Mittal, pour conclure un accord avant la dead line du 1er décembre. Cette volonté de négocier et d'arriver à un accord à tout prix leur a fait perdre les sens de l'à propos et ne leur a pas permis une bonne appréciation de la situation.

Au final, le résultat obtenu est en trompe l’œil comme je viens de le démontrer dans ce billet.

Alors ma conclusion est simple, à la lumière des éléments apparus depuis vendredi il apparait davantage encore que la solution retenue ne pouvait être que la nationalisation pour réindustrialiser le site, développer à nouveau la sidérurgie française, c'est la voie qui semblait la meilleure à Arnaud Montebourg.

Il n'y avait qu'une façon de faire, c'était d'exproprier Mittal et de nationaliser l'ensemble du site puis de le revendre à un repreneur "crédible" comme celui que Montebourg avait trouvé.

Je lis avec amusement la presse depuis vendredi où Montebourg est présenté comme un homme désavoué, isolé, perdu mais au final, le dindon de la farce ce n'est pas Montebourg, bien au contraire, car lui n'a rien cédé face à Mittal. 



E. Martin (Cfdt à Florange) : "je dis bravo à Mr... par idees_reves


Commentaires

  1. Houlà tu prend des risques là , tu vas te faire traiter d'agri :p

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  2. non je ne crois pas car la réalité des faits s'impose d'elle même

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  3. Oui. On est à peu près d'accord, peut-être pas sur la victoire de Mittal mais sur les conneries d'Ayrault et sur le fait que Montebourg me parait sortir renforcé et plus crédible.

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  4. Je partage l'analyse que vous faîtes des limites de ce "bel" accord.
    Mais peut-on franchir le pas et dire que la solution de la nationalisation provisoire était pour autant meilleure ?
    Dans ce cas aussi on peut en critiquer les conditions :
    - le repreneur est-il bien crédible ? Et d'ailleurs existe-t-il ?
    - mettre de l'argent public pour exproprier Mittal d'un site que l'investisseur souhaite partiellement fermer ? Vendre des parts de GDF pour le faire ? etc...

    Et surtout, Mittal exproprié resterait un terrible concurrent pour l'entreprise "publique" ou le repreneur. Il a au moins 2 armes pour se venger du sort que l’État lui aurait fait : produire moins à Dunkerque et licencier ou concurrencer Florange en offrant aux clients de la filière froide (rentable) des produis équivalents fabriqués ailleurs.

    Il me semble que A. Montebourg était bien conscient des 2 hypothèses. Il savait et il a dit que c'est Hollande qui devait arbitrer... ensuite, possible que la présentation du choix par JM Ayrault ait pu lui déplaire. Surtout que sans le "rentre-dedans" de AM on peut penser que Mittal aurait plus intransigeant.
    Signé PMF

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  5. Le repreneur, Bernard Sérin, était crédible : belle carrière dans la sidérurgie et patron d'une entreprise qu'il a redressée. Pas simplement du FC Metz !
    Aurait-il pour autant pu avoir l'argent nécessaire ? On ne le saura jamais malheureusement...

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  6. Je partage tout à fait votre point de vue. J'avoue que j'avais été un peu surpris de vos premiers twitts victorieux, mais je comprends aussi que sur le moment ça ait pu donner l'impression que grâce au rapport de force installé par Montebourg, ce qui avait été obtenu était quand même pas si mal et mieux que rien en tout cas. Votre rectificatif du jour montre clairement que c'est largement insuffisant.
    Plus largement sur le fond, je pense que l'écart est trop grand entre le social-libéralisme à la Ayrault-Mosco-Valls et la démondialisation à la Montebourg pour que ça puisse perdurer longtemps, il y aura clash sur clash sur chaque gros dossier. Hollande fait pour l'instant ce qu'il a fait pendant 10 ans au PS, il tente de concilier les opposés, en évitant que ça explose. D'après ce que m'a dit un pote bossant au cabinet de Mosco, qui confirme au passage à quel point Montebourg est muselé par le Trésor et Mosco, il y aurait un deal entre Hollande et Montebourg, pour qu'il aille au charbon et encaisse les plans sociaux et les déconvenues pendant un certain temps, et si au final la crise s'approfondit (ce qui est probable) et que le social-libéralisme n'a aboutit à rien, il y aurait remaniement et Montebourg monterait à l'économie voire premier ministre. A condition qu'il tienne le coup jusque là, et vu ce we, ça va être chaud. J'apprécie en tout cas ce qu'il fait dans des conditions ultra-difficiles, mais je ne sais pas jusqu'à quand il doit cautionner les choix d'un gouvernement avec lequel il est en désaccord sur des sujets de fond. A suivre en tout cas.

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  7. @melclalex : j'aime les gens honne^tes, quis avent reconnaitre quand ils se sont trompés. Bravo pour ton honneteté intelelctuelle. Très bon billet, plus exact que le mien...

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  8. Patron de club de foot : un repreneur sérieux ? Soyons sérieux deux minutes ! C'est aussi crédible qu'un Tapie qui reprend un grand journal de Province. Chacun son job, le reste n'est que palabres.

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  9. eh captain : Il a redressé de manière spectaculaire, Cockerill Maintenance & Ingénierie (CMI). Donnée moribonde en 2002, cette ex filiale d’Arcelor emploie aujourd’hui 4000 salariés et fait la fierté de la Wallonie où elle est implantée.

    http://www.lesoir.be/131977/article/actualite/regions/liege/2012-12-04/patron-d%E2%80%99un-groupe-li%C3%A9geois-voulait-reprendre-un-site-d%E2%80%99arcelormittal-en-franc

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  10. Nicolas : pourtant Mittal sort bien vainqueur

    Estelle 92 : Je crois aussi qu'il semble crédible

    BlogdeNico : Montebourg à l'économie ? Ouh là je n'y crois guère mais ça serait super pour lui.

    Gdc : Il faut reconnaitre quand on se trompe, c'est normal.

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  11. Ne hurle pas avec les loups :
    - Si l'on ajoute les 150 millions de l'Etat aux 180 millions promis par MITTAL, on arrive à 330 millions d'investissements sur 5 ans, ce qui est proche des 400 M préconisés par le rapport.
    - Si ce montant est limité, c'est parce qu'une aide d'Etat est soumise à la procédure d'autorisation de la CE par l'article 108 TFUE = Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (plusieurs règlements prévoient des procédures plus ou moins simplifiées de demandes d'autorisation et ... les procédures pour les PLAINTES des Etats membres qui considéreraient que l'aide fausse les règles de la concurrence !)L'accord est donc le maximum de ce qui pouvait être fait dans le cadre de l'UE.
    - La nationalisation se heurte aux mêmes limites puisque le Traité interdit les entreprises publiques, sauf situation exceptionnelle.
    a) - La "dénationalisation" obligatoire, peu après, aurait eu un effet encore plus délétère sur les emplois et sur l'opinion des syndicats ouvriers et de la population dans son ensemble, faute de redressement durable, faute de reconversion technologique de la production.
    b)- La fonderie nationalisée n'avait AUCUNE chance de se voir attribuer le projet ULCOS.
    En conclusion :
    - Tu oublies que le danger imminent était le prononcé de la liquidation judiciaire du site, faute de repreneur, avec licenciement de tous les ouvriers par le liquidateur et le démantèlement des installations pour être vendues en pièces détachées !
    L'accord a évité cette situation catastrophique !
    Et il y en a qui font encore la fine bouche ?

    Permet-moi la rébellion : ne faut-il pas être aveuglé par un discours d'extrême gauche que je trouve aussi séducteur qu'obtus et destructeur ?
    Amitiés


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  12. très chère Apolline,

    Dans le cadre de l'accord entre l'Etat et Mittal il n'est question que d'un apport de 180 M€ par Mittal sur 5 ans. Les 150 millions que tu évoques représente une subvention éventuelle au projet Ulcos que la France n'est pas certaine du tout d'acceuillir c'est ce que j'évoque dans mon billet.

    Le danger imminent était un plan social qui a été évité fort heureusement, c'est quasiment le seul point positif de l'accord.

    Discours d'extrème gauche ? Apolline tu devrais mieux me connaitre pour savoir que je n'ai rien d'un ultra gauche, mais d'un homme de gauche tout simplement

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