Dexia : 2,5 milliards de recapitalisation Vs ArcelorMittal : zéro pour la nationalisation

Nous savons tous que le 1er ministre, en accord avec le Président de la République, n'a pas souhaité opter pour la nationalisation de tout le site d'ArcelorMittal à Florange

Chacun le sait, c'est un choix économique et surtout politique avec lequel je ne suis pas d'accord comme des millions d'autres Français.

Étrangement voilà que parmi les éléments de langage employés par le premier ministre le coût de la nationalisation arrive sur la table. 

Jean-Marc Ayrault parle en effet d'une nationalisation qui selon lui aurait coûté un milliard d'euros (sans préciser que ce n'est pas la part de l'Etat) ce que s'empresse de commenter les chaines d'informations et les "experts" réunis lors d'émissions périodiques "d'analyse politique" prenant pour argent comptant la déclaration. 

En réalité, compte tenu des engagements d'un repreneur il faut ôter 400 à 500 millions que ce dernier aurait apportés ce qui change beaucoup de choses.

Mais tout de même, cet argument est tout à fait étrange pour un homme de gauche quand on sait que dans le même temps Jean-Marc Ayrault n'a aucun problème pour mettre 2,585 milliards d'euros dans la recapitalisation du groupe bancaire Dexia, groupe bancaire en quasi faillite.

Personnellement je trouve que pour des ennemis de la finance (cf meeting du Bourget le 22 janvier 2012) c'est un choix pour le moins curieux

Remember : ["Mon véritable adversaire n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, et pourtant il gouverne (...), c'est le monde de la finance." "Les banques sauvées par nos Etats mangent désormais la main qui les a nourries".]

Ainsi donc on relève dans la même séquence temps deux décisions diamétralement opposées, deux poids et deux mesures :

1°) Groupe Dexia :

Le 7 novembre dernier, le conseil d’administration de Dexia SA, a donné son accord pour une augmentation de 5,5 milliards d'euros du capital de la banque franco-belge Dexia.

Les Etats belge et français se sont engagés à souscrire intégralement à cette opération, à concurrence de :

  • 2,915 milliards d'euros soit 53 % pour la Belgique ;
  • 2,585 milliards d'euros soit 47 % pour la France.
2°) ArcelorMittal Florange :

Le 1er décembre dernier Jean Marc Ayrault conclut un accord avec ArcelorMittal sans nationalisation.

Selon les estimations de Bercy, le côut de la nationalisation de tout le site de Florange serait de :

  • 400 millions pour l'expropriation et l'indemnisation de Mittal;
  • 400 millions pour la remise en état fonctionnelle des hauts fourneaux;
  • 200 millions de fonds de roulement étaient également nécessaires.  
Coût total 1 milliard  mais pour l'Etat "seulement" 600 ou 500 millions d'euros puisque les 400 ou 500 autres millions auraient été apportés par le repreneur qui s'était manifesté. 

(source) 

Au final, que constate t-on dans cette affaire ?

Le pouvoir qui dans l'opposition décriait tant "la finance", une fois arrivé aux responsabilités de l'Etat, n'utilise pas les leviers "de gauche" pour sauver un pan entier de l'industrie française alors que dans le même temps il recapitalise des banksters qui se sont plombés eux mêmes en s'aventurant vers des placements plus que douteux.

La politique n'est qu'une question de choix et de priorité et l'on ne peut s’empêcher de s'étonner de certains choix faits par des hommes de gauche de qui on est en droit d'en attendre d'autres.

Toute cette affaire Mittal m'attriste profondément car c'est MA gauche qui a gagné en mai et juin dernier celle en laquelle je crois depuis plus de 30 ans et je ne peux m’empêcher d'être déçu, j'attendais autre chose d'elle à propos de Mittal.

Il y aura sans doute d'autres sujets à propos desquels je ne serai pas en accord et je crois même connaitre le prochain ....  (hein Moscovici, on sépare bien l'activité des banques ?)

Malgré tout je crois en François Hollande pour agir dans la justice et la rétablir, pendant toute la durée de son mandat car il ne faut pas se tromper, entre la droite et une gauche imparfaite je choisirai toujours la gauche.....même imparfaite, on ne se refait pas.

Commentaires

  1. "Coût total 1 milliard mais pour l'Etat "seulement" 600 ou 500 millions d'euros"

    Il est assez amusant (?) de constater que 600 ou 500 millions (mettons 550) c'est justement le coût de ... NDDL...
    On peut pas être partout!...

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  2. Bravo, Steph. Fier de toi. Une gauche comme je les aime, malgré nos diuvergences : celle qui garde ses convictions et ne ferme pas les yeux jsute aprcequ'il s 'agit de son propre camp.

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  3. je ne comprend pas que pour Dexia on ne crée par une banque avec les créances propres, qu'on mette en faillite le reste point barre. le New DEXIA fonctionnerait pour gérer ces créances et rien d'autre de crade.
    Ah si je comprend, les comptes sont garantis par l'état à hauteur de 75 ou 100 K c 'est ça ?

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  4. @politeeks : il y a aussi la structure de défaisance pour recueillir les actifs mais curieusement cela n'a pas été utilisé et je reconnais volontiers ne pas être assez calé sur ce genre d'opération

    @gdc : merci camarade, au fait mois c'est Jef

    @Alix : Ah bah voilà l'argent qui manque pour Florange :))

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  5. J'ai découvert votre blog depuis peu (il était temps !), et je le suis avec assiduité depuis, et j'avoue être quasiment toujours d'accord avec votre point de vue. Sans doute parce que je suis sur la ligne Montebourg des primaires, où pour la première fois depuis longtemps, je me suis reconnu dans les analyses et le programme d'un candidat PS. Et si l'on décrivait ce que l'on appelle la Gauche, je pense qu'on serait d'accord à 90%. Mais par contre,par rapport à la fin de ce billet, j'avoue être un peu sceptique, parce que je ne vois pas en quoi la ligne Hollande-Ayrault-Valls-Mosco peut correspondre à votre gauche, si c'est grosso modo la gauche Montebourg. Il me semble qu'il y a un fossé idéologique entre les deux, que ce fossé existe depuis longtemps entre les 15 % de la gauche du PS et le reste, et que sans le grand art de la synthèse de Hollande cela aurait explosé depuis bien longtemps. La ligne Hollande-Ayrault me semble beaucoup plus proche d'une ligne de centre-droit type Bayrou (en dehors des questions sociétales) que d'une ligne de gauche type Montebourg-Mélenchon. Alors bien sûr, une ligne Bayrou reste toujours préférable à une ligne de droite dure à la Sarkozy-Copé, mais de peu en ce qui me concerne.
    Les décisions prises depuis le début du mandat (TSCG, pigeons, CICE de 20 md sans contreparties, Mittal, non-séparation bancaire) et bientôt peut-être la remise en question du CDI,sont à l'opposé de ce que j'attends d'une gauche au pouvoir, mais en même temps, elles sont logiques à partir du moment où le cadre européen et libre-échangiste n'est pas remis en question. Alors bien sûr, j'ai toujours l'espoir que Hollande réalise un volte-face devant l'ampleur de la crise et s'appuie sur Montebourg (et une majorité élargie au Front de gauche ?) pour changer de politique dans quelques temps, mais j'y crois sans doute moins que vous...j'espère me tromper cela dit !
    En tout cas, je continuerai de vous lire avec grand plaisir !

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  6. @blogdenico : la gauche est diverse et variée et parfois à mes yeux imparfaite car elle ne va pas dans le sens que je préfère et les exemples que vous cités sont justes.
    Mais malgré cela et jusqu'à nouvel ordre je la soutiens.

    Au PS par exemple il y a diverses sensibilités c'est ainsi.

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  7. camarade: je préfère 2,6 milliards pour recapitaliser une banque qui prête à quelques milliers de collectivités locales que 1 milliard d'euros de nationalisation pour 650 emplois.

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  8. #juan : l'un n'empêche pas l'autre

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  9. #juan : je crois bien que les enjeux économiques vont bien au delà du sauvetage 650 emplois. C'est d'un projet industriel dont Florange a besoin et pas d'un disposif de gestion des fins de carrière.

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  10. Beaucoup de gens n'ont pas de compétences en macroéconomie. Votre parallèle entre la banque Dexia et une entité sidérurgique est déplacée. De plus la perception du mot "Banque" est négative dans l'opinion publique qui est citée en bouc émissaire pour masquer les erreurs des politiques. Sans banques, il n'y aurait pas d'économie.

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