Commandant Massoud : Moudjahidine pour l'éternité - 2/5



10 ans déjà !

Cette semaine je ne vous barberai pas avec mes commentaires, coups de gueule et pseudos analyses à deux sous, de la politique en France, non,  cette semaine est pour moi le moment de vous narrer "la vie" de Ahmad Shah Massoud dit le "Commandant Massoud" et " le "Lion du Panjshir".

Je voue une très grande admiration pour ce formidable combattant de l'impossible, pour cet humaniste, cette homme juste et bon qu'il fut. Toute sa vie durant il n'a eu de cesse que de combattre la dictature, quelle soit communiste ou talibane et d'essayer d'unir les afghans pour le bien de son peuple. C'est assurément un grand homme pour son pays, pour le monde.

J'ai donc décidé de consacrer quelques billets en son honneur, pour lui rendre un bien modeste hommage.

Au fil de mes billets je vais tenter de situer le personnage dans le contexte afghan, véritable baril de poudre, et de vous faire revivre quelques moments de sa "juste vie".

Voici le deuxième billet de la série :

(Pour rappel le premier ) :

Commandant Massoud : Moudjahidine pour l'éternité - 1/5

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II. Les années de lutte face à l'URSS

Si la gravité des faits et la lourdeur des bilans n'étaient pas là pour témoigner de la dureté de cette invasion de l'Afghanistan par les soviétiques, on pourrait considérer que ce conflit n'est qu'un épisode de plus de la guerre froide entre l'URSS et les Etats-Unis.

A cette époque, "Moscou" (Léonid Brejnev) tentait toujours et encore d'imposer le communisme là où il le pouvait, alors quand les soviétiques sentirent une perte de leur influence en Afghanistan il n'hésitèrent pas à envahir le pays le 27 décembre 1979 pour placer Babrak Karmal au pouvoir.

Cette invasion eu "le mérite" d'unir en apparence les afghans et les musulmans d'autres pays contre "les envahisseurs", elle souleva une grande émotion dans l’ensemble de l’Oumma (communauté des musulmans) et de nombreux islamistes issus de divers pays (Algériens, Bosniaques, Philippins, Saoudiens, Palestiniens, Égyptiens, voire quelques Européens d’origine maghrébine) se joignent à la résistance afghane (Moudjahidines).

Ben Laden coordonne l'arrivée des militants à Peshawar au Pakistan et pour cela il met en place une véritable organisation appelée « Bureau des services » et assure la formation militaire et idéologique des combattants ainsi que l'approvisionnement en armes.

Peu à peu, il prend en charge les familles. Il s'occupe des veuves et de l'éducation religieuse des enfants. L'organisation devient alors une véritable fraternité et une nouvelle force politique dans un Afghanistan déjà morcelé.

Plus tard (1996) les talibans, soutenus par le Pakistan et les États-Unis, prennent le pouvoir et contrôlent, avec l’aide des islamistes étrangers, la majeure partie du pays en repoussant progressivement les moudjahidines du commandant Massoud dans les confins du nord-est du pays.

Nous verrons que le Mollah Omar, chef militaire et religieux des talibans, impose la loi islamique à l'ensemble du pays. L'Afghanistan deviendra effectivement un camp d'entraînement pour les terroristes islamistes. Il est en effet assez largement reconnu que c'est en Afghanistan qu'ont été formés les personnes accusées d'avoir causé les attentats du 11 septembre 2001.

Pour armer les insurgés, pendant dix ans que dura la guerre contre les soviétiques, les USA et l'Arabie Saoudite financèrent les armes d'abord transportées au Pakistan puis distribuées par les services pakistanais. Mais en réalité les USA armèrent surtout les insurgés afghans de la résistance antisoviétique et anticommuniste incarnée par les moudjahidines de Hekmatyar (chef du parti radical islamiste Heizb-e-Islami Afghanistan, formé par l'ISI, les services secrets pakistanais) et de Oussama Ben Laden, le Pakistan filtrant l'aide destinée au Commandant Massoud.

Au début du conflit, Ahmad Shah Massoud met en pratique les tactiques de guérilla de Mao, Guevara, De Gaulle, Giap ou de Sun Zi, apprises en autodidacte, et harcèle les convois soviétiques qui ravitaillaient Kaboul par la route de Salang. 

Il sait qu’il ne faut pas affronter de face un ennemi supérieur, mais qu’il est préférable de le laisser pénétrer à l’intérieur de ses lignes de défense pour mieux l’isoler de ses lignes arrière. Rapidement, ses succès attirent l’attention de l’état major soviétique qui lança six opérations sur le Panjshir entre 1980 et 1983.

Outre son génie militaire, Massoud fait preuve d’aptitudes pour l’organisation puisque assez rapidement, il met en place une armée régulière dotée d’une chaîne de commandement structurée et d’unités mobiles. 

De plus, il organise un réseau de renseignements de premier plan (du simple citoyen aux généraux afghans et soviétiques). Le déroulement de l’offensive Panjsher 7 illustre l’efficacité de cette organisation.

Le 19 avril il tend une embuscade à un convoi de carburant qui empruntait la route de Salang. 70 camions sont détruits. Il fait également sauter deux ponts avant d’organiser, le 20 avril, le repli de ses 5000 combattants dans les montagnes ou les vallées avoisinantes.

Au même moment, la vallée est soumise à un terrible bombardement aérien. Trente-six bombardiers à haute altitude et des chasseurs-bombardiers ainsi que toute la panoplie des hélicoptères soviétiques, déversent un tapis de bombe sur le Panjshir. Mais averti par ses espions de l’imminence d’un bombardement soviétique Ahmad Shah Massoud ordonne l’évacuation des villageois vivant à l’entrée et dans la partie basse de la vallée, les sauvant d’une mort certaine.

Il n'y aura pas de victimes civiles, mais tout aura été détruit : maisons, canaux d'irrigation, arbres... Ce que les bombes lâchées par les avions n'ont pas anéanti, les commandos dépêchés sur place après quinze jours de frappes venues du ciel achèveront le travail au lance-flammes et à l'explosif. 

Jusqu'au 7 mai, les soviétiques et l'armée gouvernementale afghane lancent une offensive terrestre dans laquelle les soviétiques engagent 20 000 soldats, dont 5 000 Afghans, ils essaient de prendre au piège les hommes du commandant Massoud en progressant dans les vallées voisines. Les colonnes blindées soviétiques s’avancent jusqu’à Khenj mais ne parcourent que 60 km en 8 jours, harcelées nuit et jour par Massoud et ses Moudjahidines.

Ne parvenant pas à leurs fins, les soviétiques abandonnent le Panjshir et les vallées voisines, tout en laissant des troupes afghanes dans des positions fortifiées à Anawa, Rokha, Bazarak et Pechgour. Les Moudjahidines tiennent alors en échec la plus puissante armée du monde.


Dans les années 1983-1984, Ahmad Shah Massoud change de stratégie et abandonne les actions coup de poing pour adopter une stratégie plus offensive, bâtie autour d’unités mobiles professionnelles, dont le but était d’éparpiller les troupes soviétiques sur plusieurs fronts. L’attaque contre le fort de Pechgour en 1985 lui permet de tester la coordination et l’efficacité de ses hommes qui allaient porter la guerre en dehors du Panjshir.



Le camp de Pechgour est protégé par des chars d’assaut (dont certains étaient enterrés), des obusiers (efficaces pour déloger les assaillants retranchés dans les montagnes entourant le fort), des mines, un réseau de barbelés et des sacs de sable. En outre, il est défendu par 500 soldats de l’armée afghane.

À peu près autant de moudjahidines sont impliqués dans cette opération qui débute au crépuscule (pour éviter les redoutables hélicoptères de combat soviétiques). Tout d’abord, les tirs de l’artillerie se concentrent sur les émetteurs radio et les routes de ravitaillement afin d’isoler le fort.

Ensuite, une fois ces premiers objectifs neutralisés, les moudjahidin s’attaquent aux dix postes avancés qui entourent le fort. Puis, l’artillerie lourde vise le fort qui tient jusque tard dans la nuit. Les défenses ainsi prises à revers, les hommes du commandant Massoud ouvrent une brèche. 110 soldats afghans sont faits prisonniers (ils vont mourir peu après lors d’une contre-offensive soviétique).

Ayant prouvé sa capacité d’action, Ahmad Shah Massoud abandonne le fort. Quelques semaines après cette démonstration, les Soviétiques lancent en représailles l’offensive Panjsher 9.


Fort de cette maîtrise tactique et certain de l’efficacité de ses hommes, Ahmad Shah Massoud entreprend de sortir de sa base du Panjshir. En 1986 il remporte des victoires probantes à Farkhar (province de Takhar) et Nahrin (province de Baghlan). Il continue à étendre son influence hors du Panjshir en 1987 grâce à la création de la Shura-e Nazar (Conseil de supervision) qui accueille des commandants locaux de tous bords, transcendant la logique des partis.

L’objectif de la Shura est de fédérer des commandants afin de mener des opérations de plus grande envergure. En même temps, la Shura permet à Massoud de lutter plus efficacement contre Gôlbouddine Hekmatyâr qui ne se prive pas d’attaquer ses positions (en septembre 1981, le commandant Massoud doit affronter en même temps une offensive soviétique et les combattants d’Hekmatyar).

Ce Conseil de supervision, outre ses fonctions militaires, se double d’une fonction administrative, recréant ainsi un semblant de structures étatiques. En 1990, Ahmad Shah Massoud tente d’aller plus loin en créant, avec les commandants Djalâlouddine Haqqani (Hezb-i Islami faction Khales) et Bilal Nayram, le Conseil des commandants.


La création de cet organe répond à l’incapacité des responsables politiques des partis à s’entendre en vue de prendre le pouvoir après le départ des Soviétiques. Le Conseil des Commandants ouvre une représentation à Peshawar. Son bureau politique est dirigé par Younous Qanouni, un proche du commandant Massoud, qui est aussi le porte-parole attitré du Conseil.

Néanmoins, son influence ne pénètre que modestement dans le sud et l’ouest du pays (en dépit de la présence d’Ismaël Khân). De plus, les chiites hazaras ne souhaitent pas adhérer à cette nouvelle structure. Néanmoins, Ahmad Shah Massoud parvient à étendre son influence aux provinces du nord-est de l’Afghanistan (Badakhshan, Koundouz, Takhar, Baghlan, Balkh et Samangan). Il peut aborder en position de force la fin du règne du président communiste Nadjiboullah.

Les soviétiques finirent par quitter l'Afghanistan puisqu'en février 1988, Mikhaïl Gorbatchev décide de retirer les troupes, après une trêve négociée avec Ahmed Chah Massoud, la trêve devient effective un an plus tard, le 15 février 1989, date de la fin du retrait soviétique d'Afghanistan.

Les pertes afghanes (tous bords confondus) sont estimées à 1 242 000 morts dont 80 % de civils. Les soviétiques de leur côtés perdirent 14 300 hommes tués et 416 000 blessés.

Une fois l'armée soviétique retournée en URSS, nous allons assister à la guerre civile Afghane (1989-1992)

La tombe de  Ahmed Chah Massoud dans le mausolée qui lui est consacré

La suite du récit demain.

sources : Afgana et ici et ici et ici
photos :  mausolée autres : Hiromi Nagakura


Commentaires

  1. Sur youtube ou dailymotion, il y a l’enterrement de Massoud. et bien entendu des extraits des reportages tournés par son ami journaliste Christophe de Ponfilly qui s'est donné la mort un an après la disparition de Massoud.

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  2. En tout cas, un très très bonne idée de nous parler de Massoud. Merci

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  3. oui merci je connais tout ça et mon dernier billet sera probablement consacré aux livres et dvd sur Massoud

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  4. bonne idée ? merci et content que ça te plaise.

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  5. Merci pour ce travail, cette recherche pour de trés belles images.
    Et surtout, nous aider à prendre conscience de l'exploit accompli par cette poignée d'hommes derrière ce combattant exceptionnel.
    Tout ça s'est déroulé entre 4000 et 5000 mètres d'altitude, par tous les temps, avec des équipements d'un autre âge ... Bien sûr, ils étaient adaptés à l'altitude ... Mais leur maigreur montre qu'ils n'avaient ni ravitaillement assuré, ni vêtements adaptés à ces températures d'une rigueur extrême ...Pour encaisser ces conditions avec aussi peu d'oxygène à respirer ... il faut vraiment être balèze ... et déterminé.
    Hommages à lui, à eux.
    Dimanche 11 septembre à 10h, je serai au Kiosque du Jardin du Luxembourg pour la commémoration des attentats du 11 septembre. J'aurai une pensée forte pour Massoud, grâce à toi.
    Parmi nous, il y aura un journaliste pakistanais en exil qui expliquera pourquoi les islamistes tiennent au Pakistan, puissance nucléaire et pourquoi ils tiennent à l'Afghanistan ...avec les horreurs qu'ils y commettent ... en premier lieu contre les populations là-bas ...
    Amicalement

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  6. @apolline : merci de ton intérêt, demain et vendredi tu liras le point de vue de Massoud sur le Pakistan et les talibans, pour l'instant je n'en dis pas plus :)

    Un grand homme, un grand peuple et pourtant tant de tristesse et de désespoir.

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