Commandant Massoud : Moudjahidine pour l'éternité - 1/5


10 ans déjà !

Cette semaine je ne vous barberai pas avec mes commentaires, coups de gueule et pseudos analyses à deux sous, de la politique en France, non,  cette semaine est pour moi le moment de vous narrer "la vie" de Ahmad Shah Massoud dit le "Commandant Massoud" et " le "Lion du Panjshir".

Je voue une très grande admiration pour ce formidable combattant de l'impossible, pour cet humaniste, cette homme juste et bon qu'il fut. Toute sa vie durant il n'a eu de cesse que de combattre la dictature, quelle soit communiste ou talibane et d'essayer d'unir les afghans pour le bien de son peuple. C'est assurément un grand homme pour son pays, pour le monde.

J'ai donc décidé de consacrer quelques billets en son honneur, pour lui rendre un bien modeste hommage.

Au fil de mes billets je vais tenter de situer le personnage dans le contexte afghan, véritable baril de poudre, et de vous faire revivre quelques moments de sa "juste vie".

Voici le premier billet de la série :

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Le 9 septembre 2001, il y a exactement 10 ans, était assassiné Ahmad Shah Massoud dit le commandant Massoud dans un attentat-suicide perpétré par deux kamikazes tunisiens (Dahmane Abd el-Sattar et Rachid Bouraoui el-Ouaer) à la solde d’al-Qaïda de Ben Laden. Une lettre de recommandation du journaliste Karim Touzani (pseudonyme utilisé par Dahmane Abd el-Sattar) adressée à Massoud avait été tapée en mai 2001 sur un ordinateur utilisé par Ayman al-Zawahiri et Mohammed Atef membres de al-Qaïda.

Ces deux assassins s’étaient fait passer pour des journalistes dont l'un des deux a fait exploser sa ceinture de TNT lors d'une interview de Massoud à Khawdja Bahouddine dans la province de Takhar au nord-est de l'Afghanistan. Deux jours plus tard, le 11 septembre 2001, le monde mais surtout les États-Unis allaient basculer dans l'horreur des attentats des twin towers.

Le lien entre ces deux tragédies est bien évident, aux yeux de Ben Laden et d'al-Qaïda une alliance de Massoud avec les USA en terre afghane aurait représenté un trop gros danger en Afghanistan pour les talibans, ils ont donc décidé de l'éliminer.

I. Le Moudjahidine

Ahmad Shah est né en 1953 à Bazarak, petite localité de la vallée du Panjshir, dans une famille de notables où son père, Dôst Mohammad, était colonel dans l’armée afghane. Il appartient à l'ethnie Tadjik et passe une partie de son enfance à Hérât, où son père est brièvement affecté, puis à Kaboul, où il a pour voisin le futur président communiste Nadjiboullah.

En 1964, il intègre le lycée français Esteqlâl ("Indépendance"). À la fin de ses études secondaires en 1971, il ne suit pas l’avis des ses professeurs qui le poussent à solliciter une bourse pour étudier en France et s’inscrit à l’Institut polytechnique de Kaboul pour suivre des études d’architecte.

En 1972, il rejoint les mouvements islamistes. Il assiste l’ingénieur Habîb-or-Rahmân dont la mission consiste à tenter de rallier des officiers de l’armée à la cause islamiste. À partir de 1974, les islamistes afghans doivent faire face à la répression orchestrée par le régime du "prince rouge" Mohammad Daoud. Comme un grand nombre de dirigeants islamistes, Ahmad Shah prend le chemin du Pakistan.

Il retourne en Afghanistan en juillet 1975 et à l'âge de 22 ans il prend les armes pour diriger la rébellion du peuple afghan contre le régime communiste du Tandem Taraki-Amin installé à Kaboul. À la tête de trente-sept hommes (oui 37 hommes vous avez bien lu), il tente de soulever son Panjshir natal et dans la nuit du 21 au 22 juillet 1975, il s’empare du poste de Rokha situé dans la partie centrale de la vallée.

Mais au petit matin, la population locale prend les islamistes pour des brigands et appelle l’armée à la rescousse en s’alliant à elle pour les chasser. Massoud et ses hommes prennent alors la fuite et trouvent refuge au Pakistan. L’échec de l’insurrection de 1975 entraîne la division de l’islamisme afghane et la marque le début d’un duel politique et idéologique entre Massoud et Hekmatyâr.

Près de quatre années s'écoulent avant que le 18 mai 1979, Massoud et ses compagnons abandonnent leur exil pakistanais et s’infiltrent dans la province du Nouristan où ils adoptent le pakol, la coiffe typique de cette région. Début juin, ils atteignent le Panjshir et attendent d’avoir le soutien de la population pour lancer l’insurrection.

Contrairement à ce qui s'était passé lors de l’été 1975, celle-ci les reconnaît comme des résistants légitimes. Toutefois, un autre homme, Ahmad Jan Pahlawan, notable local, ancien lutteur de haut niveau et capitaine de l’équipe régionale de bozkachi, entend la libérer du joug communiste.

Les combats éclatent dès la seconde semaine de juin. Le 1er juillet le Pansjhir est entièrement contrôlé par les insurgés. Massoud met alors en application les préceptes de Mao et poursuit les forces gouvernementales hors du Pansjhir et concentre ses attaques le long de la route de Salang, artère vitale qui relie Kaboul aux provinces septentrionales. 

En outre, la lutte pour le pouvoir entre Ahmad Jan Pahlawan et Ahmad Shah Massoud prend fin à l’automne 1979. Accusé d’accueillir dans le Pansjhir des communistes membres du parcham, Ahmad Jan Pahlawan est arrêté, condamné à mort puis exécuté en avril 1980.

C’est donc en étant dans le Pansjhir, sa région, que Massoud assista en 1979, à l'envahissement de l’Afghanistan par les soviétiques. Peu expérimenté, Ahmad Shah Massoud va, entre 1980 et 1982, jeter les bases de l’organisation et peaufiner la tactique militaire qui allait construire sa légende.

Récit du Commandant Massoud :

"En 1979, nous étions 700 à nous être soulevés dans le Panjshir. Les combats étaient âpres et durs, les pertes terribles. Nous allions de défaites en défaites, et nous n'avions rien à manger. Pendant quelques semaines, il n'est plus resté qu'une vingtaine d'hommes en armes, acculés au bout de la vallée. Nous nous sommes alors réunis et avons solennellement promis de nous battre jusqu'au dernier souffle.

Faire la promesse était facile, encore fallait-il trouver à manger! Un vieillard nous a donné une vache, un autre une casserole, le dernier du riz. Malgré cela nous avons perdu et dû fuir. J'étais blessé et j'avais besoin d'une canne. Il y avait beaucoup de neige. Nous avons marché jusqu'à la tombée de la nuit, sans nous retourner. 


Nous avons dormi dans une cabane. Au petit matin, une dame est venue. Nous avions peur qu'elle nous dénonce, mais elle n'aimait pas les Russes et nous a aidés. Nous, nous ne pouvions même pas la payer. Je lui ai laissé une reconnaissance de dette. Et nous avons continué. Quand nous sommes revenus dans le Panjshir, nous n'étions que 60, et finalement, nous avons repoussé les Russes jusqu'au bout de la vallée".

 
"Dans ce lieu, le Seigneur de la liberté repose".

"Mon combat n'était pas pour obtenir le pouvoir de gouverner, mais c'était pour sauvegarder la dignité et l'honneur de l'Afghanistan et son peuple".  Ahmad Shah Massoud.


Demain  la suite du récit


sources : Afgana et ici
photos :  mausolée autres : Hiromi Nagakura

Commentaires

  1. Sacré personnage que le commandant Massoud.

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  2. Merci l'ami de nous faire revivre l'épopée de cet incroyable personnage.

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  3. Passionnant récit, belle idée que tu as de célébrer ainsi les 10 ans de la mort de Massoud.

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  4. Merci à toi. Je vais suivre avec un vif intérêt ta publication.
    Amicalement.
    Ladyapolline.wordpress.com

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  5. Belle tranche de vie d'un résistant. Merci pour l'évocation.
    Vrai qu'il risque d'y avoir un bazar (médiatique) pour la commémoration de l'effondrement des tours mais peut-être pas un mot sur Massoud.

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  6. Avec le recul, ne serait-il pas plus rationnel de penser que Massoud a été victime d'assassins manipulés par la CIA ? Tant de témoignages d'agents de la CIA ou de patriotes étasuniens confirment en effet que les Etats-Unis étaient au courant de l'attentat en préparation aux USA via des avions ...
    En outre, il apparaitrait que la caméra explosive ait été volée en France, à un journaliste. Ceci est très curieux car de vrais terroristes musulmans auraient sans problème pu acheter financièrement et légalement une caméra -même d'occasion- pour ne pas prendre de risques. Par contre dans les services secrets, pour brouiller les pistes, les moyens illégaux sont souvent recommandés. Pourquoi d'ailleurs ne pas imaginer un membre de la CIA déclenchant l'explosion depuis son bureau aux Etats-Unis, en voyant en direct l'image de Massoud via la caméra ? Comme agissait la NASA pouvait le faire durant les missions sur la Lune. Super jouissif NON ?
    Massoud, tu n'as jamais accepté les magouilles de la CIA ; pour cela je dépose devant toi et devant ton frère Christophe de Ponfilly la moitié de mon âme.

    Thémistoclès

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